“NO KILL” 5 erreurs à éviter pour relâcher un thon rouge

thon rouge no kill

Là, je sais que je m’engage sur un sujet sensible : le no kill du thon rouge. Certains l’applaudissent et l’encouragent , d’autres crient au loup et souhaitent son interdiction. Quoi qu’il en soit, et sans rentrer dans un débat sans fin, il me semble indispensable de vous partager mon expérience.

Le cas (très) particulier du thon rouge

Le thon rouge est un poisson vraiment à part. Avec sa taille hors norme et ses combats titanesques , il suscite un énorme engouement pour les pêcheurs de loisir. Mais ce poisson est parfois bien plus fragile que l’on pense.

Suites aux excès de la pêche industrielle, un “plan de sauvegarde internationale” du thon rouge à été mis en place depuis 2008. Malheureusement suivi uniquement par l’UE (ça c’est un autre débat) il a réduit à quasiment rien la possibilité de prélèvement du thon rouge par la “petite pêche” professionnelle et la plaisance.

Voir mon article ” Réglementation 2020 pour la pêche de loisir du thon rouge”

Dans ce cadre, l’énorme majorité des thons rouges pris par les pêcheurs de loisir devront être relâchés.

comment relâcher un thon rouge

Après avoir travaillé avec “l’iccat” sur le marquage et le suivi des thons rouges et avoir énormément appris en tant que guide de pêche dans ce domaine, il me semble (très) important de partager ces conclusions:

Si le no kill est pratiqué correctement, le taux de mortalité est extrêmement faible. Par contre, si le thon rouge a subi un des 5 points si dessous, il est presque systématiquement condamné.

Les 5 cas qui condamnent un thon rouge à coup sur:

Je précise que ce n’est pas un classement du pire au “moins pire” mais une liste, et que chaque point de cette liste est à lui seul fatal pour un thon rouge.

Dans chaque cas, je vais essayer de vous donner des astuces ou des “pistes de réflexions” qui vous permettrons d’éviter au maximum les risques de blessures.

1- Du sang dans l’œil

C’est un point que j’ai appris lors du programme de marquage de l’iccat. Si le poisson a la moindre tache de sang dans un œil, on ne le marque pas….Même si le poisson repart comme une balle, l’œil piqué (par l’intérieur ou l’extérieur) ne pourra pas guérir et entraînera un trop gros handicap pour chasser et survivre.

œil de thon rouge

La solution la plus efficace pour éviter de piquer l’œil est d’utiliser un hameçon simple au moins pour l’armement ventral des leurres durs. De cette manière, si le poisson est pris en bord de gueule par l’hameçon arrière, l’hameçon ventrale aura beaucoup moins de chance qu’un triple de piquer l’œil pendant le combat. .

2- Une branchie arrachée

Les branchies d’un thon rouge sont extrêmement sensibles et saignent énormément dès qu’on y touche. L’idéal est de ne jamais y toucher,mais si un poisson qui saigne un peu à encore de bonne chance de survie (des balises GPS ont été posées sur des thons qui saignaient un peu et ont suivies les poissons en actifs pendant plusieurs mois) , un poisson qui a une branchie arrachée est perdu.

hameçon simple popper à thon
hameçons simples sur popper à thon

Encore une fois, la meilleure solutions pour éviter de piquer les branchies est l’utilisation d’hameçon simple. Il est aussi extrêmement important de manipuler un thon rouge en plaçant une main sous la tête mais jamais dans les branchies.

3- Claquement de la colonne vertébrale

Les vertèbres d’un thon rouge sont très sensibles par rapport au poids du poisson. Personne n’en parle, pourtant, même si ce n’est pas “visible” c’est absolument affreux. Les thons rouge a partir de 8 kg environ ne supportent pas d’être tenu seulement par la queue!.

gardez toujours une main pour soutenir la tête

Le poids du poisson soulevé par la queue déplace les vertèbres de façon irrémédiable…on peut soulever un thon en travers en prenant en même temps la queue et la tête, mais jamais uniquement par la queue.

4- Nageoires déchirées

Encore un point ultra important appris grâce aux scientifiques de l’iccat qui mérite vraiment qu’on en parle. Les nageoires des thons rouges sont très fines et avec peu de “surface”. Les déchirures de la nageoire caudale peuvent être fatales à un thon. La perte de puissance et d’efficacité le rendra plus lent que le reste du banc et il sera très difficile voir pour lui de chasser correctement.

Ces dernières années nous utilisions des épuisettes “amiaud” adaptée à la prise et au no kill de thon rouge entre 5 et 35kg . Avec son cadre rond, sa profondeur assez courte et ses mailles fines, c’était vraiment la meilleure pour ce type de poisson.

sortie d'épuisette thon rouge
sortie de l’épuisette en délicatesse

L’idée est de ne pas rentrer le poisson en entier dedans pour que la queue ne se prenne pas dans les mailles. Aussi, les petites mailles caoutchouc sont les meilleures pour éviter d’abîmer les thons. Dans tous les cas, évitez vraiment les épuisettes à grandes mailles “à nœud” et apportez un soin particulier au moment de sortir le poisson pour éviter que les nageoires accrochent les mailles.

5- Noyade / arrêt cardiaque

Ça peut paraître le comble pour un poisson, mais un thon rouge peut se noyer très rapidement dans l’eau. Pour s’oxygéner, un thon à besoin d’avancer car ses opercules rigides ne lui permettent pas de se “ventiler” à l’arrêt. Il ne peut jamais s’arrêter sous peine de s’asphyxier et de couler.

Le maintien dans l’eau sans avancer est aussi nocif qu’une sortie. Il est donc très important d’aller le plus vite possible pour décrocher et relâcher un thon. Selon les scientifiques, les gros poissons ont plus d’inerties que les petits mais dans tous les cas, la sortie ou le maintien arrêté dans l’eau ne doit pas dépasser 2 min.

oxygéner un thon rouge

Essayez de préparer les pinces, endroit pour recevoir le poisson et appareil photos avant l’arrivé du thon. L’idéal pour garder un peu d’oxygénation et d’utiliser un tuyau alimenté en eau de mer pendant la sortie d’eau, ou de garder le bateau enclenché en avant quand on maintient et décroche un poisson dans l’eau.

La relâche “no kill” du thon rouge

Dans le même principe d’oxygénation, il vaut mieux relâcher les thons tête en avant sans les “accompagner” dans l’eau. C’est une relâche plus rapide qui permet d’oxygéner le poisson dès son entrée dans l’eau et lui donne de l’élan pour mieux repartir et se ventiler.

relâche thon rouge

Évitez vraiment de maintenir le poisson par la queue (comme on peut le faire pour une truite ou un bar) au moment de la remise dans son élément .

Arrêt cardiaque

Certains thons peuvent faire un arrêt cardiaque pendant le combat (souvent sur des gros poissons et des longs combats). Mais ça dépend vraiment de chaque poisson (j’ai vu des poisson “claquer d’un coup au bout de 1h de combat et d’autres, combattre et envoyer des rushs pendant plus de 10h!).

Le mieux est de réduire au maximum le temps de combat pour éviter l’épuisement du poisson. L’utilisation de matériel “light” pour le “fun” est vraiment déconseillé pour réussir un no kill “propre”. Il est important d’adapter son matériel à la taille moyenne des poissons présent sur la zone de pêche (même si on ne peut jamais éviter une (grosse) “surprise”.

Et la photo hors de l’eau?

Il vaut mieux une photo rapide hors de l’eau qu’une image qui aura duré trop longtemps le long du bateau. Il est bien plus facile et rapide de décrocher un thon “hors tension” du bas de ligne et à bord que de le faire en suspend sur le coté du bateau. (Sur les gros poisson, l’utilisation d’une grande “pince a thon ” permet de maintenir le poisson dans l’eau et de lui enlever l’hameçon correctement).

décrocher un thon rouge

Les termes légaux ont évolué sur ce problème en changeant le texte de loi. Avant pour le no kill “l’embarquement” était interdit, maintenant, c’est la “détention” à bord. Le fait d’embarquer pour décrocher et relâcher un thon rouge n’est pas illégal, c’est le fait de détenir un poisson ( mort) sans bague qui est interdit. Ce n’est pas une incitation à sortir les poissons de l’eau pour faire des photos pendant 5 min, mais une photo faite entre l’épuisette et la relâche reste tolérée.

On évitera bien-sûr tous les contacts du poisson avec une surface “sèche” ou “abrasive”. L’utilisation de gants n’est pas forcement meilleure qu’une prise à mains nues ( mouillées) mais si ça peut permettre d’éviter de faire tomber un thon sur le pont du bateau, c’est pas plus mal…

Je suis bien conscient que cet article risque d’attirer toutes les critiques, mais le no kill du thon rouge est quasi 100% obligatoire.

On peut y être complètement opposé ou pratiquant exclusif, mais dans la plupart des cas, si vous piquez un thon rouge (même sans le chercher) vous serez dans l’obligation de le relâcher. Alors autant faire connaitre au plus grands nombres de pêcheurs les bons gestes à adopter.

Ce n’est pas un “tuto”, une “leçon”, une “morale” ou quoi que ce soit, c’est juste un retour d’information et d’expérience qui peut être utile de partager.

N’hésitez pas à commenter et à donner vos astuces pour manipuler au mieux ces magnifiques poissons. Partagez cet article à vos amis pêcheurs, et abonnez vous pour recevoir les nouveaux articles disponibles sur astucedepeche.com

Respectez les poissons et les opinions de chacun.

à très bientôt sur le net ou sur l’eau

Julien

10 commentaires à propos de ““NO KILL” 5 erreurs à éviter pour relâcher un thon rouge”

  1. Excellents conseils qui démêlent le vrai du faux 👍👍👍👍
    Merci pour eux et pour nous, vers une peche qui allie plaisir et responsabilité

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